Bienvenue sur le blog de la traduction de Analyzed !

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Voici la traduction d'une merveille fic de Froggy : Analyzed !

La fic est finie en 27 chapitres.
Elle traite des membres du groupe Tokio Hotel, que ni Froggy ni moi-même ne possédons. Ce n'est qu'une pure fiction.

Au fait si jamais vous avez des images à proposer pour illustrer les chapitres, n'hésitez pas, car pour l'instant j'ai mis la bannière de la fic au début de chaque chapitre.

Le lien vers mon blog :
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Vers mon blog de petites traductions :
Gabulielllu no trads

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The Meridian Hour traduction

Enjoy !



JE VAIS POSTER LES CHAPITRES AU RYTHME DE UN LE SAMEDI OU LE DIMANCHE, ET UN LE MERCREDI

# Posté le dimanche 03 mai 2009 11:58

Modifié le mardi 05 mai 2009 12:17

Analyzed. Chapitre 1

Analyzed. Chapitre 1
Chapitre 1. Réalité subjective


La perception de la réalité qu'a un individu et qui peut être différente de la perception qu'a une autre personne.


(Age : cinq ans)

Les deux garçons de cinq ans, identiques, s'assirent au centre d'une pièce qui ressemblait, au premier abord, à un paradis pour enfants. Il y avait des images colorées accrochées au mur, des étagères pleines de jouets, de livres et de douzaines de jeux avec lesquels s'amuser. Cependant, les garçons qui avaient pris place dans ce jardin d'Eden pour enfants étaient solennels et silencieux alors qu'ils gribouillaient les pages blanches qui se trouvaient au sol devant eux. Ces petits garçons blonds portaient leurs plus beaux vêtements, et étaient assortis de la tête aux pieds. De temps en temps, Tom, le plus âgé des deux, jetait un ½il méfiant vers le miroir accroché au mur et se demandait ce qu'il faisait là. Ce miroir avait l'air décalé, presque intrusif.

“Madame Kaulitz, je vous assure que ce genre de choses est parfaitement naturel pour des jumeaux. Il n'y a là rien qui doive particulièrement vous inquiéter,” dit le docteur bienveillant aux cheveux noisette foncés et aux lunettes fines en s'adressant à la mère inquiète qui se trouvait dans son bureau. Ils regardaient tous les deux au travers du miroir sans tain pendant que les garçons s'occupaient avec des crayons et du papier.

“Merci docteur Engle. C'est un tel soulagement d'entendre ça. Entre leur maîtresse qui appelle tout le temps et tous les messages que je reçois à la maison, je commençais à croire qu'il y avait vraiment quelque chose qui n'allait pas avec mes garçons,” dit Simone avec un sourire soulagé. Elle regardait ses beaux garçons qui jouaient dans la pièce d'à côté. Si les circonstances avaient été différentes, ils auraient été en train d'explorer la pièce et de bruyamment la mettre sans dessus dessous, mais ses garçons d'habitude si vifs semblaient sentir que cet endroit était différent. Simone se sentit un peu coupable de faire traverser tout ça à ses garçons, mais c'était l'école qui avait insisté.

“Je vois ce genre de choses entre jumeaux tout le temps. C'est assez commun qu'ils soient dépendants l'un de l'autre au point d'exclure les autres enfants. C'est seulement leur première année au Kindergarten, et comme vous l'avez dit, il y a peu d'enfants de leur âge dans votre voisinage. C'est compréhensible qu'ils éprouvent des difficultés à socialiser avec les autres,” expliqua le médecin. La pédopsychiatrie était sa spécialité, et il avait travaillé avec un bon nombre de jumeaux au cours des ans. Il avait toujours éprouvé un intérêt particulier envers le lien que partageaient les jumeaux, mais peut-être était-ce dû au fait qu'il en était un lui-même.

“Leur maîtresse dit qu'ils refusent ne serait-ce que de parler aux autres enfants, et que quand ils sont obligés de parler c'est toujours et seulement Bill qui prend la parole. Je n'arrive vraiment pas à comprendre. A la maison, ce sont tous les deux des moulins à paroles, mais au moment précis où ils se retrouvent à l'école ils deviennent muets comme des carpes,” dit Simone, inquiète.

“Vos garçons partagent un lien très spécial. J'ai réalisé cela au moment même où je les ai vus. Je pense qu'il est possible que ce lien soit très épanouissant pour eux, et qu'ils aient peur de laisser qui que ce soit s'immiscer au travers. La meilleure chose à faire est de les encourager à interagir avec leurs camarades et de leur prouver que ce n'est pas ce qui pourra briser ce lien qui les unit. Le but n'est pas de casser ce qu'ils ont. Détruire un phénomène aussi beau et aussi fascinant serait même répréhensible,” dit le docteur Engle, catégorique. Il était malheureusement une rareté dans son domaine, et beaucoup considéraient que ses vues quant au développement de l'enfant étaient “permissives”.

Comme un fait exprès pour appuyer les dires du docteur Engle quant aux aspects fascinants de leur lien, les garçons dans la pièce attenante arrêtèrent simultanément de dessiner. Pas un mot ne fut échangé entre eux, mais précisément au même moment ils tendirent leurs mains et échangèrent leurs crayons avant de reprendre leurs dessins. Simone était habituée à voir de telles choses, mais le docteur Engle était incroyablement fasciné. Quand les jumeaux étaient ensemble c'était presque comme si la communication verbale n'était pas nécessaire, sauf s'il fallait s'adresser à un tiers.

“Vous ne pensez pas que le fait qu'ils soient si proches est un problème ? Ils peuvent se montrer très... affectueux l'un envers l'autre. Ca commence d'ailleurs à poser quelques problèmes à l'école,” dit Simone d'un ton inquiet. Elle-même continuait à penser que c'était magnifique lorsque ses garçons se montraient leur amour l'un pour l'autre, mais les enfants pouvaient être cruels et ils ne comprenaient pas la relation qui liait les jumeaux.

“A ce stade il n'y a absolument rien qui doive vous inquiéter. Il est normal pour des enfants de leur âge de faire de très grandes démonstrations de leurs sentiments. C'est complètement innocent et il ne faudrait pas qu'ils en viennent à se sentir coupables à propos de ça. Je vous suggère d'attendre en restant vigilante et de laisser à vos enfants une autre chance de s'intégrer à l'école. Je suis sûr que tout cela va se résoudre de soi-même avec un peu de temps. Si les garçons n'ont pas sociabilisé avec les autres d'ici l'entrée à l'école, alors nous pourrons commencer à réfléchir aux mesures à prendre,” assura le docteur compréhensif à Simone. Il aurait aimé passer plus de temps à observer la relation fascinante qui unissait les jumeaux, mais il était bien obligé d'admettre qu'ils n'avaient pas vraiment besoin d'une thérapie. Ils étaient deux petits garçons en parfaite santé qui s'aimaient l'un l'autre, et ça ne constituait aucunement un problème.

**

“Très bien les enfants. C'est l'heure d'aller jouer dehors. Vous pouvez sortir dès que vous aurez mis vos manteaux,” annonça la maîtresse, provoquant ainsi des piaillements excités chez les enfants. La plupart d'entre eux se précipitèrent sur leur manteau et coururent dans la cour aussi vite qu'ils le pouvaient, mais les jumeaux Kaulitz restèrent à leurs places. Bill n'avait pas encore fini son dessin et Tom ne bougerait pas tant que son frère n'aurait pas fini.

“Allez les garçons. Il est temps de sortir,” les pressa Mademoiselle Hahn quand elle trouva les garçons toujours assis à leur table.

“J'ai pas fini,” annonça Bill, le plus jeune et le plus vocal des deux.

“Il faut que vous sortiez et que vous jouiez. C'est une belle journée et l'air frais vous fera du bien. Vas-y Tom, mets ton manteau le premier. Bill, je te laisse une minute de plus mais après il faudra que tu sortes,” insista l'enseignante, légèrement frustrée. Tout ceci était une guerre quotidienne.

Tom se contenta de la fixer comme si elle était folle de ne serait-ce que suggérer qu'il s'éloigne de Bill de plus de trois pas pour prendre son manteau. “Tom ira le mettre quand j'aurai fini,” dit Bill, sur le ton de l'évidence, parlant pour son frère comme c'était toujours le cas à l'école. Tom hocha la tête pour montrer son accord et attendit simplement.

Mademoiselle Hahn leva les mains en signe de résignation. C'était sans espoir, surtout que les parents des jumeaux refusaient d'admettre qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas dans la façon dont leurs fils isolés agissaient. A ses yeux, ils n'étaient que deux sales petits garnements pourris gâtés qui ne voulaient pas jouer avec les autres enfants parce qu'ils se trouvaient mieux que tout le monde. Elle ne les comprenait pas.

N'étant pas dans la possibilité de laisser tous les autres enfants sans surveillance, Mademoiselle Hahn sortit et laissa les jumeaux seuls. Elle savait que bien qu'ils soient pourris, ils n'iraient pourtant pas provoquer de difficultés. Quelques minutes plus tard, quand Bill eût finalement fini, ils se levèrent tous les deux calmement et mirent leurs manteaux, et ils sortirent dans la cour de récréation. Leurs petites mains fermement serrées l'une à l'autre, les petits garçons identiques se rendirent au fond de la cour pour aller s'asseoir sous le vieux chêne.

Leur maîtresse les regarda, soupirant de frustration. Ils allaient là-bas tous les jours durant la récréation et quoi qu'elle fasse elle ne parvenait pas à les convaincre de jouer avec les autres enfants. A la place ils s'asseyaient dos à l'arbre et ils se tenaient par la main pendant qu'ils parlaient. C'était le seul moment où ils parlaient lorsqu'ils étaient à l'école, et c'était seulement parce qu'ils n'y avait personne qui les entendait.

“Mademoiselle Hahn est méchante,” déclara Bill en s'installant au pied de l'arbre.

“Mademoiselle Hahn est une tête de cul,” dit Tom avec un sourire retors. Il savait que c'était vilain d'utiliser ce mot-là.

Bill eut le souffle coupé en entendant son frère utiliser un gros mot, puis il gloussa d'amusement. “C'est une tête de cul,” approuva-t-il.

“J'aime pas l'école,” se plaignit Tom. Il détestait les autres enfants, et il haïssait particulièrement leur méchante maîtresse qui l'envoyait au coin quand il refusait de répondre à ses questions. Bill répondait pour lui, alors où était le problème ? C'était à peine si les jumeaux considéraient qu'ils étaient deux personnes distinctes de toutes façons. Ils avaient leurs différences. Bill aimait le orange et Tom aimait le vert. Bill aimait les chats et Tom aimait les chiens. Ils savaient qu'ils étaient différents, mais c'était comme d'être les deux faces d'une même pièce.

“Moi non plus. Pourquoi Maman nous fait venir ici ?” demanda Bill ; à sa voix il était blessé et se sentait rejeté. Aller à l'école, c'était comme d'être expédiés ailleurs.

“Elle dit qu'elle est obligée, mais bon au moins elle nous donne des cookies,” dit Tom avec optimisme. Les cookies de leur mère arrivaient toujours à leur remonter le moral.

Les deux garçons enfoncèrent leurs mains dans leurs poches pour en sortir les cookies que leur mère y avait mis ce matin. Malheureusement la main de Bill ressortit vide de sa poche. “Le mien a disparu !” brailla-t-il. Soit il avait dû tomber quelque part, soit l'un des autres enfants l'avait volé. Bien sûr, Bill était sûr qu'on lui avait volé.

“Oh non !” cria Tom. Ceci constituait la plus grosse crise qu'ils aient dû affronter depuis la grande disette du chocolat au lait de 93. Bill était déjà au bord des larmes et Tom savait qu'il n'y avait pas le temps de partir à la recherche du cookie perdu. De toute façon ça faisait probablement un bout de temps qu'il devait avoir été englouti par le caïd de la classe. “Tiens, on peut partager,” offrit Tom, cassant son cookie en deux et tendant la plus grosse moitié à son petit frère.

L'expression du visage de Bill, qui reflétait son c½ur brisé, disparut en un instant et se trouva remplacée par le sourire que Tom mourait d'envie de voir. “Je t'aime Tomi,” déclara Bill, jetant ses bras autour du cou de son frère et l'embrassant fermement sur les lèvres. C'était un baiser chaste et fraternel, mais ça ne voulait pas dire qu'il échappa à l'attention des camarades de classe qui s'étaient rapprochés en entendant les jumeaux crier.

“Beurk ! Dégueu !” cria un garçon brun qui s'appelait Daniel. Cela ne prit pas longtemps avant que les autres enfants ne se rassemblent et se joignent à ses cris à coups de “beurk” et “dégoûtant”. Les jumeaux se séparèrent rapidement l'un de l'autre et regardèrent la foule qui s'était soudain amassée autour d'eux.

“C'est quoi qui est dégueu ?” demanda Bill. Quand ils s'embrassaient à la maison, les adultes disaient que c'était mignon et insistaient quant à quel point c'était adorable, donc ce ne pouvait clairement pas être ce dont les autres étaient en train de parler.

“Vous vous êtes embrassés” répondit Daniel, plissant le nez de dégoût. Les autres enfants intervinrent pour montrer qu'ils étaient d'accord avec le fait que s'embrasser était très dégueu.

“Et alors ?” demanda Bill. Il ne comprenait toujours pas pourquoi c'était dégueu ni pourquoi ils en faisaient tout un foin. Même s'ils ne comprenaient pas, le fait que leurs pairs leur mettent la honte était cuisant et les joues des deux jumeaux étaient maintenant rouges d'embarras.

“S'embrasser c'est dégueu et les garçons n'embrassent pas d'autres garçons,” les informa une petite morveuse qui s'appelait Marie. Elle en savait un rayon sur ces choses-là, parce qu'elle avait un grand frère qui était déjà à l'école primaire.

Les moqueries continuèrent jusqu'à ce que de grosses larmes ne dévalent les joues des deux jumeaux. Mademoiselle Hahn regardait tout ça de loin. Elle avait regardé comment toute la scène s'était déroulée, mais n'était pas intervenue. A son avis, ceci était exactement ce dont les jumeaux Kaulitz pourris par leurs parents avaient besoin. Peut-être que maintenant ils allaient comprendre que d'être aussi proches était bizarre et mal. Il fallait qu'ils arrêtent d'être collés l'un à l'autre, qu'ils s'en remettent et qu'ils jouent avec les autres enfants.

“Allons les enfants, la récréation est finie c'est l'heure de rentrer !” appela Mademoiselle Hahn quand elle estima que les jumeaux en avaient eu assez. La foule les encerclait, et elle ne voulait pas compromettre son job en laissant advenir une sorte de mini lynchage par le plus grand nombre.

La foule se dispersa, de peur d'avoir des problèmes à cause de leur comportement, qu'ils savaient ne pas respecter les règles. Tous les enfants se précipitèrent à l'intérieur, sauf bien sûr les jumeaux Kaulitz qui étaient toujours assis sous l'arbre, reniflant et se regardant, l'air confus. Le cookie cassé reposait dans l'herbe, oublié, mais même les gâteries chocolatées de Simone n'auraient pu leur remonter le moral maintenant.

“Les garçons ! Rentrez en classe tout de suite ou j'envoie un autre message à votre mère,” aboya l'enseignante insensible. Les jumeaux en larmes retournèrent en classe à contrec½ur, et pour une fois ils ne se tenaient pas par la main.

**

Les jumeaux étaient silencieux et solennels quand Simone vint les ramasser à la sortie de l'école ce jour-là, mais elle n'avait même pas besoin de demander pourquoi. De toute évidence ça avait été une autre mauvaise journée à l'école. Elle savait pertinement que l'école était un moment difficile pour eux, mais il fallait bien qu'ils apprennent. Le docteur Engle avait promis que ça serait plus facile avec le temps, mais elle détestait voir ses bébés si tristes. Simone n'avait absolument aucune idée du fait que ce n'était pas juste les autres enfants qui causaient des problèmes à ses jumeaux.

Simone savait qu'il était strictement inutile d'essayer de tirer quoi que ce soit des garçons. Ils lui diraient seulement quand ils seraient prêts. D'ici là ils iraient se cacher dans leur chambre. Elle les avait souvent trouvés pelotonnés l'un contre l'autre sous un château de couvertures les jours comme celui-ci. Parfois ça la rendait vraiment un peu triste qu'ils aillent l'un vers l'autre pour trouver du réconfort plutôt que vers elle, mais elle était contente qu'ils s'aient l'un l'autre.

“Je vous appellerai quand ce sera l'heure du dîner. Ce soir on mange du Kässpätzle,” dit Simone dans l'espoir de remonter le moral de ses garçons en leur faisant leur plat préféré, ou du moins ce qui avait été leur plat préféré la semaine dernière. Ce qu'ils préféraient changeait souvent et il n'était pas rare que Simone se retrouve à tenter de deviner ce que serait leur prochaine phase.

“Okay,” répondirent les garçons, pas vraiment l'air emballés. Ils grimpèrent les escaliers et se jetèrent dans leurs lits. Ils n'avaient que cinq ans et ils avaient déjà les manières d'adolescents ronchons collées à la peau.

Plusieurs minutes très longues et très silencieuses s'écoulèrent avant que Bill ne finisse par prendre la parole. “Tomi... tu trouves que s'embrasser c'est dégueu ?” demanda Bill, nerveux. Tom ne l'avait même pas touché depuis l'incident de la récréation. Ils étaient tous les deux blessés et confus à cause des railleries des autres enfants, mais Tom avait toujours été le plus sensible aux critiques des autres. Bill avait peur que Tom ne soit d'accord avec les autres enfants.

Tom y réfléchit profondément pendant une minute avant de répondre. “Je trouve pas que t'embrasser toi c'est dégueu,” finit-il par répondre. Embrasser une fille par contre semblait clairement dégueu. Il avait entendu parler des bisous baveux et mourir sous les bisous baveux d'une fille semblait un destin bien cruel. Embrasser d'autres garçons semblait encore plus dégueu, mais embrasser Bill n'était pas dégueu du tout. Bill n'était pas une fille dégoûtante qui faisait des bisous baveux, et ce n'était pas juste un autre garçon. Bill était juste Bill.

Bill fut satisfait de cette réponse, étant donné que son avis était très similaire. Embrasser Tom n'était clairement pas dégueu. Cependant il y avait encore d'autres inquiétudes qui pesaient sur lui. “Et Marie, tu la crois ?” demanda-t-il.

“Je sais pas. Peut-être. Maman dit que c'est okay,” dit Tom en haussant les épaules. Il s'assit sur son lit et regarda Bill qui reposait de l'autre côté de la chambre sur son propre lit.

Bill n'aimait pas être si loin de son frère, et maintenant qu'il savait qu'il ne pensait pas que leurs baisers étaient dégueu, il voulait de nouveau être proche de lui. Bill sauta à bas de son lit et grimpa s'installer à côté de Tom. “Mais alors pourquoi les autres enfants disent ça ?” demanda-t-il, toujours blessé par les mots méchants.

“Je sais pas. Ils sont bêtes,” dit Tom en haussant les épaules.

“Tu veux toujours m'embrasser ?” demanda Bill. Tom hocha la tête. Il n'avait jamais eu l'intention d'arrêter d'embrasser Bill simplement à cause des stupides gamins à l'école. “Mais les autres enfants nous aimeront pas si on s'embrasse,” souligna Bill.

“De toute façon ils nous aiment pas. J'aime t'embrasser mieux que les stupides têtes de cul de l'école,” déclara Tom, utilisant le plus gros des gros mots qu'il connaissait. Cette fois encore Bill eut le souffle coupé sous le choc puis gloussa à l'entente du gros mot.

“Stupides têtes de cul,” approuva Bill, gloussant après avoir dit lui-même le gros mot. Tom sourit comme il le faisait toujours quand ils étaient vilains, et pour prouver qu'il aimait Bill mieux que les autres enfants à l'école, il se pencha en avant et éteignit d'un baiser les ricanements de Bill.

Les jumeaux s'allongèrent sur le lit, leurs membres enchevêtrés alors qu'ils mettaient en place des tours entre s'embrasser et ricaner en disant tête de cul. Tom et Bill avaient appris que s'embrasser était dégueu, mais ils avaient aussi décidé qu'ils s'en fichaient complètement. Personne ne viendrait se mettre entre eux, et quiconque essaierait se verrait étiqueté stupide tête de cul pour toujours.

# Posté le dimanche 03 mai 2009 12:03

Analyzed. Chapitre 2

Analyzed. Chapitre 2
Chapitre 2. Punition


La mise en place d'un stimulus négatif en vue de faire diminuer la fréquence d'un comportement.


(Age : six ans)

Une petite main délicate appliqua le crayon noir sur le papier, créant une foule de silhouettes en bâtons dont les visages étaient tous en colère. Non loin, une main identique gribouillait furieusement, remplissant sa page de rouge. Les mains, bien sûr, appartenaient aux jumeaux Kaulitz, qui étaient une fois de plus assis sur le sol de la petite pièce remplie de jouets. Une année complète s'était écoulée depuis la dernière fois où ils avaient dû parler à l'homme étrange à qui cette pièce semblait appartenir. Pourquoi est-ce qu'un adulte avait besoin d'une pièce remplie de jouets, se demandait Bill.

Les jumeaux étaient identiques et plus interchangeables que jamais, excepté en ce qui concernait quelques minuscules petits détails. Bill, celui qui était en train de créer une armée de bonhommes en bâtons au visage en furie, avait la lèvre fendue et enflée. Tom, celui qui exprimait sa colère sur une innocente feuille de papier, avait un ½il au beurre noir. Ces marques étaient précisément la raison pour laquelle les garçons se trouvaient de nouveau dans la petite pièce où était accroché l'étrange miroir, et ils le savaient parfaitement. Tom restait encore assez circonspect vis-à-vis de ce miroir, et cette fois en y jetant un ½il il tira la langue. Le petit garçon qui avait été frappé ne put entendre le gloussement suscité par son action de l'autre côté du miroir.

La source du gloussement était le docteur Engel, amusé, mais l'autre occupante de son bureau n'était pas aussi enchantée que lui. Simone se tamponnait les yeux avec un mouchoir et regardait ses enfants d'un air inquiet. Aucune mère au monde ne souhaitait recevoir un appel du Kindergarten de ses enfants lui apprenant qu'il fallait qu'elle vienne chercher ses garçons pour les ramener à la maison parce qu'une bagarre avait éclaté. Elle s'attendait à ce que ce genre de choses finisse sans doute par arriver un jour, quand ses garçons seraient adolescents, mais pas quand ses précieux petits bébés n'avaient que six ans.

“D'après ce que les garçons m'ont dit, ou plutôt d'après ce que Bill m'a dit, ce ne sont pas eux qui ont déclenché la bagarre. Qu'est-ce que leur maîtresse en dit ?” questionna le docteur Engle. Il était assez sage pour savoir que les petits garçons pouvaient mentir et ne s'en privaient pas, mais son instinct lui disait que la situation était plus compliquée qu'elle ne le semblait au premier abord.

“Tout est lié aux mêmes plaintes que celles de l'année dernière. Il semblerait que ça ne s'arrange pas du tout. Mademoiselle Hahn est leur maîtresse depuis qu'ils ont quatre ans et les connaît tous les deux plutôt bien, mais Tom refuse toujours de lui parler. Quand il est à l'école il ne parle qu'à Bill. Leur maîtresse dit que les autres enfants les perçoivent comme étant bizarres et snobs, et que c'est ce qui est à l'origine du conflit. Apparemment elle n'a pas assisté en personne à la bagarre, mais Tom est devenu plus hostile en classe, et elle pense qu'il en est à l'origine,” expliqua Simone, son inquiétude perceptible rien qu'à sa voix. Elle n'arrivait pas à imaginer qu'aucun de ses gentils petits garçons puisse être à l'origine d'une bagarre.

Le docteur Engle réajusta ses lunettes pendant qu'il regardait les garçons au travers du miroir sans tain. La situation était un peu plus compliquée qu'il ne l'avait estimé un an auparavant. Ca ne posait pas de problème que les jumeaux soient proches, mais si la situation empirait au lieu de s'améliorer il était alors temps de s'inquiéter. Le fait que ces difficultés conduisent à la violence signifiait que la source du problème se trouvait à l'école. Comment est-ce qu'une maîtresse de maternelle pouvait ne pas avoir vu une bagarre qui avait impliqué une demi-douzaine d'enfants ?

**

Trois jours plus tôt

“Etant donné qu'on est lundi nous allons commencer par tous nous raconter ce que nous avons fait ce weekend. Qui veut commencer ?” dit Miss Hahn avec enthousiasme à la classe pleine d'enfants assis à leur petit bureau. Des mains se levèrent un peu partout dans la salle, sauf bien sûr celle de Tom Kaulitz. Tout ça commençait vraiment à l'agacer. Les jumeaux iraient bientôt à l'école primaire et elle savait que ce type de comportement n'y serait pas toléré. Il fallait qu'ils arrêtent ces bêtises et elle prit sur elle-même d'y mettre un terme. “Tom, lève-toi et dis-nous ce que tu as fait ce week-end,” dit fermement l'enseignante déterminée.

Tom ne bougea pas d'un poil, mais en un instant Bill bondit sur ses pieds et parla aussi vite qu'il le pouvait. Lui et Tom faisaient tout ensemble, il était donc évident que ce qu'elle voulait, c'était de savoir ce qu'ils avaient fait. “On est allés au cinéma puis après on a mangé une glace puis après on a trouvé un insecte et il était vraiment cool mais Maman a dit qu'on pouvait pas le garder et donc après on l'a remis dans l'arbre puis après -”

“Je suis désolée Tom, est-ce que toi et Bill vous vous êtes trompés de vêtements ce matin ? Parce que je suis à peu près sûre que c'est bien 'Bill' qui est écrit sur ta chemise,” interrompit Mademoiselle Hahn d'un ton sarcastique qui n'était pas du tout approprié pour une maîtresse de maternelle. Les enfants de la classe rirent et Tom jeta un regard mortel à sa maîtresse.

Le visage de Bill se décomposa et il baissa le regard vers ses chaussures dont les lacets étaient défaits. “Non... Je... euh...” bredouilla doucement Bill. Il n'avait plus du tout envie de parler et se rassit sans bruit sur sa chaise aux côtés de son frère.

“Ca sera ton tour après. Là c'est le tour de Tom. Tom, lève-toi s'il te plaît et raconte-nous ce que tu as fait ce week-end,” dit-elle d'un ton plus doux, espérant extirper une réponse du jumeau silencieux. La seule réponse qu'elle reçut fut un regard haineux. Son expression s'aigrit et se fit revêche quand elle regarda dans les yeux couleur de miel du petit garçon, qui la fixait avec colère. “Tom Kaulitz, lève-toi tout de suite,” ordonna-t-elle.

Les pieds de la chaise de Tom raclèrent le sol en un bruit crissant alors qu'il s'éloignait de son bureau et se levait, les bras croisés en travers du torse. Mademoiselle Hahn avait fait du mal à Bill, et Tom n'aimait pas ça du tout. Il savait bien qu'il ne valait mieux pas désobéir quand elle utilisait ce ton-là, mais il était hors de question qu'il parle. Il avait pris la décision, quand il avait quatre ans, qu'il ne parlerait à aucune de ces personnes méchantes, et il comptait bien s'y tenir.

“J'aurais dû faire ça il y a des années,” dit Mademoiselle Hahn, prenant Tom par la main et le menant loin de la table. Bill laissa échapper un petit couinement inquiet mais était trop effrayé pour les suivre. Leur mère leur avait dit ce matin-là que s'ils récoltaient un seul message cette semaine alors ils auraient “de gros ennuis”. Bill ne savait pas ce qu'étaient “de gros ennuis”, mais il était sûr que c'était quelque chose qui n'annonçait rien de bon.

Tom essaya d'enfoncer ses talons dans le sol et refusa de bouger, mais Mademoiselle Hahn était bien plus grande que lui et quand elle lui tira d'un coup sec sur le bras il la suivit docilement. Lui non plus ne voulait pas découvrir ce qu'étaient “de gros ennuis”. Tom regarda par-dessus son épaule pour voir son jumeau le fixer avec de grands yeux remplis de larmes.

“Peut-être que si tu n'as pas Bill pour parler tu apprendras à parler à quelqu'un d'autre. Lukas, s'il te plaît va t'asseoir à côté de Bill. Tom et toi vous échangez vos places. Alex, Tom et toi êtes voisins de table maintenant. Vous pourrez reprendre vos places habituelles quand Tom sera capable de parler à quelqu'un d'autre que Bill,” dit fermement l'enseignante. Le petit garçon à tâches de rousseur qui s'appelait Lukas se leva rapidement de son siège et se rendit de l'autre côté de la pièce, jetant des regards furieux à Tom et à Bill avant de s'asseoir. Alex et Lukas étaient meilleurs amis, et c'était de la faute des jumeaux s'ils étaient séparés. Evidement, Mademoiselle Hahn était bien consciente de tout cela et c'était d'ailleurs exactement la raison pour laquelle elle avait choisi de séparer ces deux élèves-là en particulier. Un peu de la pression exercée par les pairs ferait des merveilles.

Tom s'assit avec réticence à côté d'Alex et passa la demi-heure suivante à se faire piquer les côtes par un crayon pendant que tous les enfants parlaient de leur week-end, excités. Tom ne remarqua qu'à peine les piques incessantes faites à ses côtes ; toute son attention était focalisée sur son jumeau. Ils n'étaient séparés que par cinq tables, mais c'était comme si c'était un monde entier qui s'érigeait entre eux.

Quand ce fut le tour de Bill de parler il ne se leva même pas. La confiance de Bill et l'aisance avec laquelle il traitait avec les autres lui venaient de la certitude rassurante d'avoir Tom à ses côtés. Avec cette séparation entre eux, il n'était bon à rien. Après le troisième essai infructueux, Bill secoua la tête et la maîtresse abandonna, passant à l'enfant suivant. Elle ne prit même pas la peine d'essayer de faire passer Tom une seconde fois. Les regards meurtriers qu'il lui envoyait prouvaient qu'il n'avait pas encore compris la leçon. Elle était prête à parier qu'il résisterait pendant deux ou trois jours avant de craquer et de parler à quelqu'un d'autre que Bill.

~**~

“Tomi... Ma chaussure,” geignit Bill, pointant du doigt sa chaussure aux lacets défaits. Ils avaient été séparés pendant toute la matinée, mais là c'était la récréation et ils étaient sur le chemin du chêne, s'éloignant des autres enfants.

“Je m'en occupe.” Tom sourit alors qu'il ne mettait à genoux devant Bill pour lui faire son lacet. Tom était assez fier de ses talents de laceur de chaussure, mais Bill lui n'avait pas vraiment pris la peine d'apprendre. A chaque fois qu'il essayait il se retrouvait avec les doigts aussi lacés que sa chaussure, et ça le frustrait. “Et voilà,” annonça Tom en se relevant. Il leva les yeux juste à temps pour voir Alex et Lukas avancer dans leur direction, l'air très en colère.

“Hey Bill, dis à ton stupide frère qu'il ferait mieux de parler !” cria Alex, fixant Bill d'un air menaçant. Les autres enfants supposaient à tort que puisque Bill était le plus vocal des deux jumeaux, il était aussi le plus coriace et que c'était celui avec lequel il fallait traiter. A cause de son silence Tom était étiqueté faible et timide.

“Il vous entend très bien et il parlera s'il le veut,” répondit Bill, faisant un petit pas nerveux pour se rapprocher de Tom. Son chemin se trouva bloqué par Lukas qui s'était soudainement interposé entre eux.

“Je veux retourner à ma place,” gronda Lukas, poussant Bill fort, ce qui fit que le garçon fluet trébucha contre Alex.

“Regarde où tu vas !” cracha Alex, et pour appuyer ses propos il balança son poing dans la mâchoire de Bill.

Le glapissement de douleur qui émana de son jumeau fut ce qui fit craquer Tom. “De gros ennuis” ne comptaient plus du tout. Quelqu'un avait fait du mal à Bill et ce quelqu'un allait payer pour ça. Avec un grondement furieux Tom se jeta sur Alex et la bagarre éclata. Tous les garçons dans les parages se sentirent pris du besoin de prendre part à l'action, et bientôt il se trouva un tas de petits garçons roulant sur la pelouse, jouant des poings et hurlant ce qui fait office d'obscénités chez des enfants de six ans.

“Les garçons ! Qu'est-ce que vous faites ? Arrêtez ça tout de suite !” cria Mademoiselle Hahn qui accourait vers le petit regroupement. Les jumeaux Kaulitz était tout en dessous de la pile et elle était sûre que maintenant ils en avaient eu assez. Peut-être que maintenant ils allaient comprendre combien c'était important de s'intégrer et de bien s'entendre avec les autres. “Bill ! Tom ! J'appelle votre mère tout de suite !” cria-t-elle. Il n'y avait pas d'autre adulte dans les parages, qui aurait pu voir que c'était les jumeaux qui avaient été maltraités, et non l'inverse.

~**~

Deux ventres vraiment très affamés qui appartenaient à deux petits garçons vraiment très malheureux gargouillèrent bruyamment alors que les jumeaux étaient dans leurs lits, reniflant. Simone les avait nettoyés, avait pansé leurs blessures, les avait réprimandés pour leur comportement, et les avait tous les deux envoyés au lit sans dîner. Il était des heures plus tôt que l'heure à laquelle ils se couchaient habituellement, mais les jumeaux étaient déjà en pyjama et bordés sous leurs couvertures. Ils souffraient à cause des coups qu'ils avaient reçus, et à cause du tenaillement lancinant de leurs ventres vides, qui les tenait bien éveillés. Un peu de lumière filtrait au travers des rideaux, démontrant à quel point il était encore tôt.

Les jumeaux ne s'étaient pas parlés depuis la bagarre. Ils avaient été tenus séparés jusqu'à ce que leur mère vienne les chercher, et elle n'avait pas arrêté de crier suffisamment longtemps pour qu'ils aient la moindre chance de dire quoi que ce soit. Aucun des deux ne comprenait vraiment ce qui s'était passé ni pourquoi c'était eux qui avaient des ennuis, mais tous deux craignaient que l'autre ne soit en colère.

“Bill ? Tu es fâché contre moi ?” chuchota Tom après avoir enfin trouvé le courage de rompre le silence.

“Non,” répondit Bill d'une voix étouffée. Ses mots étaient un peu mangés à cause de sa lèvre fendue.

La réponse de Bill ne fit que rendre Tom plus nerveux. Ca ne ressemblait pas à Bill, une réponse d'un seul mot. “C'est promis ?” demanda Tom, cherchant à tester s'il avait raison.

“Oui,” murmura Bill encore plus doucement que la première fois.

Les sourcils de Tom se froncèrent d'inquiétude et il roula sur le côté pour se retrouver face à Bill, qui se trouvait du côté opposé de la chambre. “Pourquoi tu me parles pas ?” demanda-t-il d'une petite voix craintive.

“ Pasque Maman va entendre et alors on va peut-être être privés de petit-déjeuner,” admit Bill. Refuser sa nourriture à Bill était très clairement une punition effective, et Simone n'avait jamais essayé auparavant. Bill était sûr qu'il allait commencer à mourir de faim.

Tom n'avait pas pensé à ça. Elle leur avait dit de ne pas faire de bruit et de repenser à ce qu'ils avaient fait, mais ça pourrait peut-être être bien s'ils y pensaient à deux. “Viens là et on va chuchoter. Maman n'entendra pas,” murmura Tom, descendant ses couvertures et faisant de la place pour Bill.

Aussi silencieusement que possible, Bill se glissa hors de son lit et grimpa dans celui de Tom. Son ventre continuait à lui faire mal, mais d'être proche de Tom le fit se sentir un peu mieux. Tom expira un petit soupir de soulagement quand Bill se blottit contre lui. Il rabattit les couvertures par dessus leurs têtes, les cachant ainsi du reste du monde, ce monde qui les avait si mal traités ce jour-là.

“Tu es vraiment pas fâché ?” demanda nerveusement Tom. Il avait jeté un rapide coup d'½il à la lèvre gonflée de son frère pendant que celui-ci montait dans le lit, et même si ça n'était pas aussi grave que son propre ½il au beurre noir il se sentit incroyablement coupable. Il aurait dû mieux protéger Bill.

Bill se rapprocha petit à petit jusqu'à ce que leurs nez se touchent et qu'il puisse sentir la chaude respiration de Tom contre sa joue. Leurs mains reposaient entre eux, serrées très fort, les petits doigts se mêlant les uns aux autres. “Pourquoi je serais fâché ?” murmura Bill, véritablement inconscient de la culpabilité de son frère.

“C'est ma faute pasque je parle pas à l'école,” confessa doucement Tom. Si seulement il avait fait ce que la maîtresse demandait alors il n'aurait pas été changé de place, et alors Alex et Lukas n'auraient pas fait de mal à Bill. Maman n'aurait pas été furieuse, et son ventre n'aurait pas été en train de gargouiller. Tom avait déjà décidé en son fort intérieur de parler pour que Bill ne soit plus blessé de nouveau.

“Nu-uh. C'est pas ta faute. C'est la faute de Mademoiselle Hahn, pasqu'elle est méchante. C'est une tête de cul,” chuchota Bill. Cela faisait plus d'un an qu'ils avaient appris ce mot, et il restait le préféré de Bill. Il ne pouvait pas s'empêcher de sourire et de glousser quand il le disait, ce qui malheureusement fit que sa blessure fut encore plus douloureuse. Bill laissa échapper un sifflement de douleur et lécha sa lèvre ensanglantée.

Le fait que Bill lui assure que ce n'était pas sa faute fit que Tom se sentit un petit peu mieux, mais ce petit sifflement de douleur le fit de nouveau se sentir extrêmement coupable. “Tu veux que je te fasse un bisou magique pour que ça aille mieux ?” demanda Tom. C'était une question normale pour un grand frère de six ans. Tous les enfants de six ans savaient que les bisous magiques faisaient que les choses allaient mieux. D'habitude ils venaient de Maman, mais les bisous magiques des grands frères marchaient, eux aussi.

Bill hocha avidement la tête, sachant que le bisou magique de Tom ferait que ça irait mieux. Les bisous de bonne nuit étaient courants entre les jumeaux, mais Tom prit bien garde de faire un bisou particulièrement doux à Bill pour ne pas lui faire encore plus mal. Ce fut un petit smack rapide, mais qui permit tout de même à Tom de goûter le sang sur les lèvres de son frère. Bill sourit, convaincu que ça allait déjà mieux.

“Un autre ? C'est pas encore tout à fait bien,” supplia Bill, voulant en fait juste l'attention et l'affection de Tom. Il se sentait rejeté d'avoir été envoyé au lit par leur mère, et l'affection de Tom permettrait très clairement de faire disparaître cette blessure.

Tom s'exécuta joyeusement, se penchant pour un second bisou très doux. Bill ne le laissa pas se retirer si vite cette fois-ci. Le plus jeune des deux jumeaux délaça ses doigts de ceux de son frère et referma ses bras autour de lui, le serrant fort. Tom n'était pas surpris que son frère se cramponne à lui comme ça. Ca le prenait dès que les choses à l'école se passaient vraiment très mal, ou alors quand leur maman et leur papa se disputaient.

Tout avait l'air d'aller mieux quand ils étaient plus proches, et la proximité la plus intense que les jumeaux pouvaient imaginer était d'être pressés torse contre torse, leurs membres entremêlés et leurs lèvres se rencontrant en des baisers qui duraient un petit peu plus longtemps que ceux qu'ils échangeaient quand ils avaient cinq ans. D'habitude les choses ne se passaient pas dans le même ordre, c'était Bill qui initiait le baiser, et Tom qui retenait son frère pour qu'il dure un peu plus longtemps.

“T'as le goût du dentifrice,” gloussa Bill après avoir rompu le baiser et s'être éloigné.

“Toi aussi,” chuchota Tom en réponse. Il aimait ça, mais il aurait préféré que Bill ait le goût du dîner. Son ventre continuait à le tirailler et à gargouiller.

“Je veux encore te goûter. Comme ça je penserai pas à combien j'ai faim,” suggéra Bill.

Tom pensait que Bill était un génie pour avoir d'aussi bonnes idées et il montra son approbation en réclamant immédiatement les lèvres de Bill avec les siennes. La lèvre de Bill, contusionnée et gonflée, continuait à le lancer, mais quand la langue de Tom vint avec curiosité lécher la blessure, cela envoya un petit frisson le long de la colonne vertébrale de Bill, ce qui le fit se presser plus près de son frère.

“Recommence,” chuchota Bill, hors d'haleine. Tom fut plus que ravi de se plier à la demande. Ils s'embrassèrent de nouveau, et la langue de Tom revint caresser la lèvre gonflée de son frère, curieuse. Il se demanda si ça avait plus d'effet qu'un “bisou magique”. La langue de Tom contre sa lèvre blessée envoyait des sensations un peu bizarres à Bill, et il sortit lui aussi sa langue pour venir explorer la drôle de sensation qui lui donnait des frissons. Leurs langues se rencontrèrent involontairement et soudainement les deux jumeaux sentirent ce petit frisson courir le long de leur colonne vertébrale.

Tom et Bill se rapprochèrent encore plus près, et Bill commença à se tortiller pendant que Tom continuait à s'occuper de la lèvre de son frère en l'embrassant. “Ca va mieux ?” demanda Tom, plein d'espoir. Il ne voulait pas s'arrêter, mais il ne voulait pas non plus blesser Bill encore plus.

“Mmmm encore,” fut tout ce que Bill marmonna avant de presser agressivement ses lèvres contre celles de Tom de nouveau. Les jumeaux se tortillaient spontanément l'un contre l'autre, complètement inconscients de tout sauf du fait que c'était bon et que ça leur faisait oublier cette horrible journée. Plus ils se tortillaient et meilleur c'était, et bientôt la douleur lancinante qui tiraillait leurs ventres se trouva remplacée par une douce et chaude sensation, qui battait comme des ailes de papillons. Ils continuèrent à se tortiller et à se frotter jusqu'à ce qu'ils s'endorment dans les bars l'un de l'autre, toujours endoloris et affamés, mais satisfaits.

Quand Simone vint réveiller ses garçons le lendemain matin, elle les trouva enroulés l'un contre l'autre dans le lit de Tom. Malgré leurs bleus et leurs bosses, ils avaient l'air si parfaitement heureux et innocents quand ils dormaient que Simone ne parvint pas à imaginer que ses garçons aient vraiment pu faire ce que leur maîtresse affirmait. Elle se sentit coupable de l'avoir crue, et encore plus coupable du fait qu'elle les avait punis très sévèrement.

De voir Bill blotti sous le menton de Tom et du fait qu'ils soient doucement en train de ronfler, Simone n'eût tout bonnement pas le c½ur de les réveiller et de les renvoyer dans cet endroit effroyable. Au lieu de ça elle descendit les escaliers pour appeler le docteur Engle puis prépara un bon petit déjeuner pour ses garçons.

**

Le docteur Engle fronça légèrement les sourcils en regardant les garçons, se sentant coupable de ne pas avoir décidé d'intervenir un an plus tôt, avant que les choses n'en soient arrivées si loin. A présent les jumeaux avaient fini leurs dessins, et, ignorant qu'ils étaient observés, Bill grimpa sur les genoux de son frère. Le docteur Engle était parti du principe que le plus dépendant était le plus âgé des jumeaux, mais tandis qu'il observait la façon dont ils se touchaient et dont ils se regardaient, cherchant du réconfort dans cet environnement inhabituel, il réalisa que même cela était plus compliqué que ce qu'il semblait au premier abord.

“J'aimerai revoir les garçons la semaine prochaine,” commença le docteur Engle, marquant une pause lorsque Simone commença à pleurer. D'amener ses garçons pour une évaluation était une chose, mais d'entendre qu'ils avaient vraiment besoin de plusieurs sessions la fit se sentir comme un mauvais parent. Qu'avait-elle fait de mal ? “Ce n'est rien de très sérieux, Madame Kaulitz. Je veux juste avoir une chance d'en apprendre plus sur ce qui s'est passé à l'école et j'aimerai essayer quelques techniques afin d'aider Tom à se sentir plus à l'aise avec le fait de parler avec les autres. D'ici là, j'aimerai aussi parler de cet incident avec leur maîtresse. Est-ce que ça vous va ?”

“Evidement. Je suis prête à tout du moment que ça aide mes garçons. Je veux juste qu'ils soient heureux,” dit Simone tandis qu'elle tamponnait de nouveau ses yeux remplis de larmes.

# Posté le mercredi 06 mai 2009 15:13

Analyzed. Chapitre 3

Analyzed. Chapitre 3
Chapitre 3. Stratégie


Une motivation interne en vue de satisfaire un besoin ou de réduire les aspects négatifs d'une situation désagréable.


(Age : six ans)

Jouer dans la petite pièce pleine de jouets faisait désormais partie de la routine pour les jumeaux. C'était la cinquième fois qu'ils venaient dans cette pièce depuis la bagarre à l'école, et l'endroit ne leur paraissait plus aussi effrayant qu'avant. Simone avait expliqué aux garçons que le docteur Engle était juste une gentille personne avec laquelle ils pouvaient parler, et qui les aiderait à ce que l'école se passe mieux. Tom et Bill étaient encore incertains à son propos jusqu'à leur second rendez-vous avec lui, où il leur avait dit qu'il croyait ce qu'ils disaient concernant ce qui s'était passé à l'école et qu'ils ne seraient plus jamais obligés de retourner dans la classe de Mademoiselle Hahn.

Une simple conversation avec la maîtresse de maternelle avait permis au docteur Engle de déceler le mépris de l'enseignante pour les jumeaux, et pour c'était suffisant pour recommander qu'ils soient envoyés dans un autre Kindergarten. Simone avait immédiatement accepté et avait gardé les jumeaux à la maison pendant une semaine, le temps de trouver une école qui ferait preuve de plus de compréhension vis-à-vis du lien spécial qui unissait ses garçons. La nouvelle maternelle était bien et les jumeaux y furent autorisés à jouer de manière plus indépendante et exploratrice. Tom ne voulait toujours pas parler, mais ça ne posait pas de problème à leur nouvelle maîtresse. Elle promit de ne pas obliger Tom à parler s'il ne le voulait pas, mais elle lui promit aussi une récompense s'il le faisait.

Les choses allaient beaucoup mieux depuis qu'ils avaient commencé à voir le docteur Engle toutes les semaines, mais même après cinq séances Tom n'avait toujours pas adressé un seul mot à l'homme. Il ne s'amusait même pas avec les jouets, ni n'explorait la pièce, contrairement à son frère. Au bout de trois séances Bill avait commencé à farfouiller dans les caisses de jouets. A sa plus grande joie, il avait découvert un micro, qui bien que ce soit un jouet marchait vraiment, et il était en ce moment même en train de hurler chacune de ses réponses au docteur Engle dedans, tandis que Tom se couvrait les oreilles de ses mains. Bill était déjà bien assez bruyant comme ça sans microphone.

Le docteur Engle grimaça alors que l'enfant de six ans criait dans le micro, mais il chassa rapidement cette expression de son visage et sourit en s'asseyant au sol devant les garçons. Son dos n'apprécia guère son choix d'assise, mais il était essentiel de se mettre à leur niveau lorsque l'on s'occupait d'enfants comme Bill et Tom.

“Les enfants, est-ce que vous voulez faire un jeu ?” demanda le docteur, s'adressant aux deux bien qu'il sache pertinemment que seul Bill allait répondre.

Tom haussa les épaules, indifférent, et Bill jeta un regard méfiant au médecin. Les gens essayaient toujours de lui enlever les jouets amusants qui faisaient plein de bruit, et il était sûr que c'était un piège. “Je peux garder le micro ?” demanda-t-il, braillant une fois de plus dans le jouet exaspérant.

“Bien sûr. Tu vas même en avoir besoin pour ce jeu. Ca s'appelle l'interview de télévision,” dit le docteur Engle avec un sourire. Ceci était la raison pour laquelle il était considéré comme l'un des meilleurs pédopsychiatres de la ville. Il adaptait ses méthodes pour qu'elles correspondent à chaque enfant, inventant souvent les choses au fur et à mesure qu'il le découvrait.

Bill sourit largement, excité. Ca avait l'air d'être exactement le genre de jeux qu'il aimait. “Comment on y joue ?” demanda-t-il, oubliant, dans son excitation, d'utiliser le microphone. Il corrigea cet oubli en répétant sa question, hurlant de toute la force de ses poumons dans le jouet. Tom vissa de nouveau ses mains à ses oreilles et jeta un regard mauvais à son frère.

“Et bien, chacun à son tour on fait le journaliste puis la star. Bill, tu veux commencer par être la star en premier ?” demanda le docteur.

“OUI !” hurla Bill avec enthousiasme.

“Parfait. Dans ce cas je fais faire le journaliste et ensuite ça sera le tour de Tom. Ca te va, Tom ?” demanda-t-il au jumeau silencieux et boudeur. Tom hocha la tête à contrec½ur. Ce jeu lui paraissait complètement stupide, mais si Bill voulait y jouer, alors ils y joueraient.

“Okay, Bill, première question. Tous tes fans meurent d'envie de savoir ça. Quel est ton plat préféré ?” demanda le docteur Engle. Bien évidement, le but de ce jeu n'était pas d'obtenir des informations de la part des garçons. Non, le but du jeu était bien plus important que ça.

“Umm les cookies ! Ou les pasghettis,” répondit Bill avec emphase, prenant la pose avec le micro comme s'il passait vraiment à la télévision. Tom rit presque à l'erreur de son frère, et s'ils avaient été à la maison il lui aurait dit avec arrogance que c'était spaghettis, et non pasghettis.

“Très intéressant. Et quel ton animal préféré ?” demanda le médecin.

“Les chats ! Euh non attendez... Les lapins. Non... umm... Les singes !” répondit Bill, indécis.

Les questions continuèrent ainsi à s'enchaîner pendant un petit bout de temps. Bill jacassait, tout excité, pendant que Tom restait assis là à regarder. Le docteur Engle écoutait les réponses de Bill, mais son attention était focalisée sur Tom. Il pouvait bien voir que le plus âgé des deux petits garçons mourait d'envie de sauter sur ses pieds et de participer, mais qu'il se retenait. Le docteur Engle finit par annoncer que c'était le moment de changer de rôles. “Très bien Bill ! Et si maintenant tu faisais le journaliste et que Tom faisait la star ?” suggéra-t-il.

Avant que Tom n'ait eu le temps de protester, Bill était déjà en train de hurler sa question dans le microphone et de performer sa meilleure imitation de journaliste télévisé. “Quel est ton plat préféré ?” demanda Bill avant d'immédiatement fourrer le micro sous le nez de Tom. Dans son excitation de jouer à ce jeu, il avait oublié que Tom ne parlerait pas ici.

Tom regarda son frère d'air renfrogné et repoussa le micro. “To-omi ! Joue avec moi ! Il faut que tu répondes,” demanda Bill. Il était en mode autoritarisme et ce n'était pas l'air renfrogné de Tom qui allait l'empêcher d'obtenir ce qu'il voulait. Bill agita le microphone sous le nez de Tom, le lui enfonçant un peu dans la joue une fois ou deux.

“Arrête ça !” hurla Tom, repoussant le micro. Le docteur Engle dissimula son sourire. C'était la première fois que Tom parlait pendant une séance, et les choses se déroulaient exactement comme prévu. Il n'intervint pas, sachant parfaitement comment les choses allaient tourner. Ca faisait maintenant suffisamment de temps qu'il avait observé la dynamique entre les jumeaux.

Bill fit la moue, ses épaules s'affaissant et ses yeux se mettant à briller à cause des larmes. Les menaces et les tentatives de corruption des adultes n'auraient jamais réussi à faire parler Tom s'il ne l'avait pas voulu, mais un seul regard de Bill suffisait.

“Les spaghettis,” marmonna doucement Tom et soudainement Bill se remit à sourire.

Le docteur Engle resta silencieux durant le reste de la séance, continuant à regarder les garçons jouer. Petit à petit Tom parla de plus en plus fort et se montra de plus en plus confiant à chaque question, et à la fin du jeu il essayait de prendre le micro des mains de Bill. Bill autoritaire ne l'avait pas très bien vécu, mais la bataille se régla lorsque le docteur Engle suggéra qu'ils emmènent le micro chez eux et qu'ils le partagent jusqu'à la prochaine séance.

**

Tom était peut-être silencieux à l'école et chez le docteur Engle, mais les choses étaient complètement différentes quand ils étaient à la maison. A la maison, les jumeaux étaient aussi bruyants et turbulents que des petits garçons de six ans tendaient à l'être. Heureusement pour eux, leur mère se moquait du bruit et leur père était souvent absent à cause de son travail. Il n'était donc pas inhabituel que la maison soit remplie de cris ou ne soit le témoin d'une dispute de temps à autres. Le lien entre Bill et Tom ne les immunisait clairement pas contre les disputes de fratrie.

“C'est mon tour ! Donne-le !” demanda Tom en tendant la main vers le micro. Comme c'était le jouet le plus récent de la maison, c'était évidemment le meilleur. La semaine précédente l'objet de leur désirs avait été un camion, et celle d'avant un dinosaure, mais ces deux jouets traînaient désormais par terre, oubliés, tandis que les jumeaux se battaient pour obtenir le micro tant convoité.

“Non ! Tu as déjà eu ton tour,” dit Bill avec entêtement, tombant sur le dos en donnant des coups de pieds pour repousser son frère qui s'était jeté sur lui.

“C'est mon tour !”

“Nan !”

“Si !”

“Na-an !”

“Si-i-i !”

Chaque cri était de plus en plus fort, et bientôt les jumeaux se retrouvèrent à rouler au sol, se battant pour le jouet. Ils avaient presque l'air de chiots, avec Tom qui grognait et Bill qui jappait quand son frère était un peu trop brutal. Tom avait réussi à coincer Bill sous lui, mais celui-ci aurait préféré mourir plutôt que de lâcher le micro et il se débattait trop fort pour que Tom ne puisse le lui arracher.

La lutte continua jusqu'à ce que Bill parvienne à se tortiller hors de sous son frère et se mette à courir. Aucun des deux ne se rappelaient vraiment la raison pour laquelle ils se battaient à ce stade, et la bagarre se transforma en course-poursuite. Bill se précipita hors de la chambre et descendit les escaliers, courant dans toute la maison aussi vite qu'il le pouvait. Tom était juste sur ses talons et faillit l'attraper une ou deux fois, ce qui fit couiner et glousser Bill.

Bill prit un virage à angle droit et fit irruption dans la cuisine, rentrant dans son père à cause de sa course imprudente, lequel père venait juste de rentrer du travail et était en train de se verser une tasse de café. La tasse fut renversée, son contenu brûlant éclaboussant Jörg, Bill et le sol.

“Regarde ce que tu as fait, espèce de petit idiot sans cervelle !” gronda Jörg, sa voix pleine de colère. Ce n'était pas un homme brutal, mais le stress de son travail et la pression qui pesait sur lui d'avoir à nourrir sa famille le poussaient parfois à éclater ainsi. Cependant, c'était la première fois que sa colère était dirigée contre l'un des garçons.

Le stress de la vie de famille était bien plus important que ce que Jörg avait anticipé. Il n'avait pas la patience de Simone envers les jumeaux et il ne comprenait pas que leur comportement était normal pour leur âge. Il avait honte que ses garçons aient besoin de consulter, et était frustré par le prix de leurs séances et par les frais de scolarité de leur nouvelle école. L'idée que Jörg se faisait de ce à quoi la vie de famille était censée ressembler était complètement différente de la réalité des choses, et malheureusement il choisit de faire passer sa frustration sur Bill.

Bill leva les yeux vers son père, terrifié, non habitué à ce qu'on lui parle si durement. Il remarqua à peine la brûlure du café chaud sur sa peau. La brûlure des mots de son père était bien plus douloureuse. Ses yeux couleur de miel, grands ouverts, commençaient déjà à se remplir de larmes. “Je-Je suis désolé,” gémit Bill.

“Donne-moi ça ! Tu fais déjà bien assez de bruit comme ça,” aboya Jörg, arrachant le jouet des mains de Bill. Il avait supporté l'objet infernal pendant trois jours déjà, et il en avait assez. Quel genre de médecin laissait un enfant jouer avec un microphone de toutes façons, à part un idiot ? Est-ce qu'il déboursait tout cet argent en thérapie juste pour que ses enfants déjà pourris gâtés puissent jouer avec des jouets clinquants ?

Les cris attirèrent Simone hors de son studio et elle parvint à la cuisine où elle vit avec horreur son mari admonester son petit garçon à cause de ce qui semblait de toute évidence être un accident. La colère bouillonnait en elle, mais elle était trop choquée pour bouger. Tom, qui se trouvait debout juste derrière son frère, était également immobilisé sur place, tant à cause de la colère que de la peur.

“Allez tous les deux dans votre chambre ! Tout de suite ! Je le jure devant Dieu, si j'entends encore l'un de vous deux piper mot, vous aurez vraiment quelque chose à dire à votre charlatan de docteur,” beugla Jörg, claquant le micro contre le comptoir avec fracas, pour l'emphase. Ce qu'il restait du jouet fut alors jeté au sol et Jörg éleva de nouveau la main. Il avait l'intention de frapper Bill si celui-ci ne bougeait pas assez vite.

“Jörg !” hurla Simone depuis l'embrasure de la porte. De voir son mari lever la main sur son enfant était ce qu'il fallait pour la tirer de son état de stupéfaction. Simone aimait encore son mari, mais jamais elle ne le laisserait frapper aucun de ses fils.

Les jumeaux n'avaient pas tout compris de ce que leur père avait dit, mais ils savaient qu'il était en colère et ce fut suffisant pour qu'ils se ruent jusqu'à leur chambre. Alors qu'ils se précipitaient dans les escaliers, ils entendirent les voix de leurs parents qui criaient depuis la cuisine. Simone avait l'air folle de rage, et les jumeaux n'étaient pas certains de savoir contre qui cette rage était dirigée.

Après qu'ils aient refermé la porte ce ne furent plus que les bruits étouffés des cris provenant des l'étage inférieur qui parvinrent aux jumeaux. Il était déjà arrivé que leurs parents se disputent, mais c'était la première fois que les jumeaux savaient que c'était à cause d'eux, et c'était une sensation horrible. Même si c'était Bill qui avait renversé le café, Tom se sentait tout autant responsable, et le temps d'atteindre leur chambre, les deux garçons étaient en train de pleurer.

Juste au moment où le monde recommençait à prendre son sens, quelque chose d'autre changeait, laissant les jumeaux avec la sensation constante qu'ils se tenaient sur un sol instable. La seule chose sécurisante dans leur vie était leur mère, et l'autre, et en ce moment précis ils étaient tous les deux pratiquement convaincus que leur mère était aussi fâchée contre eux que leur père.

Quelques larmes errèrent sur les joues de Tom, alors que Bill lui était pratiquement hystérique. Ses vêtements étaient tout mouillés, son micro était détruit, son père lui avait crié dessus, et le monde s'écroulait autour de lui. Voyant à quel point Bill était dévasté, Tom essuya rapidement ses larmes et passa en mode grand frère.

“Tout va bien,” chuchota Tom en prenant Bill fort dans ses bras, ses propres vêtements se trouvant humidifiés au cours du processus. Tom savait que tout n'allait pas vraiment bien, mais c'était ce que les gens disaient quand ils essayaient de remonter le moral aux autres.

“Papa m'a traité d'idiot,” geignit Bill, se blottissant dans l'étreinte de Tom. Dans leur ancienne maternelle il avait été traité de bien des noms, mais c'était différent quand c'était votre propre père qui le disait.

“C'est pas vrai. Il est stupide,” dit Tom d'un ton catégorique tandis qu'il serrait son frère de manière protectrice. Ils avaient cru que la maison était un endroit sûr et qu'ici au moins ils pourraient être compris et acceptés, mais après avoir vu ce que son père avait fait à Bill, Tom était en train de réaliser que même la maison n'était pas un lieu sacré.

“Papa me déteste,” conclut Bill après avoir repensé à l'affrontement dans la cuisine.

“Il est juste méchant et c'est pas important pasque moi je t'aime,” assura Tom à son petit frère. C'était exactement comme la méchante maîtresse et les autres enfants à l'école. S'ils ne les aimaient pas, alors les jumeaux arrêtaient purement et simplement de porter attention à ce qu'ils pensaient. Ils n'avaient besoin de personne d'autre que l'autre, pas même de leur père.

“Je t'aime aussi, Tomi,” chuchota Bill, se pressant plus près et se cramponnant à Tom, cherchant du réconfort. Ca faisait quelques temps qu'ils n'avaient pas eu de raison de se cramponner l'un à l'autre comme ça. Même s'il détestait ce qui venait de se produire, Bill réalisa que ça lui avait manqué, que Tom le tienne contre lui et le fasse se sentir mieux.

“Tu es tout mouillé,” souligna Tom, réalisant tout à coup que Bill était détrempé à cause du café, et que maintenant ses propres vêtements étaient eux aussi trempés. Bill se contenta de hocher pathétiquement la tête, se moquant un peu que son t-shirt préféré soit maintenant tout tâché. “Il faut qu'on se change pasque Maman dit qu'on attrape un rhume quand on reste dans des vêtements mouillés,” annonça Tom, éloignant son frère.

Même si Tom n'était âgé que de dix minutes de plus, c'était lui le grand frère et il devait prendre soin de Bill. Tom n'attendit pas la réponse de ce dernier avant de se saisir de son t-shirt détrempé et de le lui retirer. Bill resta simplement là à renifler pendant que son frère le déshabillait puis partait à la recherche de son pyjama qui devait être quelque part dans la chambre, l'aidant ensuite à s'habiller tout comme leur mère le faisait d'habitude. Cela nécessita moult contorsions et au final Bill se retrouva avec son pyjama devant-derrière à cause de la précipitation, mais au moins n'était-il plus trempé.

Les hurlements continuaient en bas tandis que Bill s'assit sur son lit, les jambes croisées et repliées sous lui, alors que Tom se glissait dans son propre pyjama. Il avait déjà mis le pantalon et était encore en train de se débattre pour enfiler le haut quand il entendit des cris particulièrement violents provenir d'en bas. Il entendit même parmi eux le nom de Bill être hurlé. Avec son haut à moitié enfilé par la tête il ne pouvait pas voir Bill, mais il parvenait encore à ressentir ce que Bill ressentait, et il savait que les éclats de voix étaient cinglants pour lui.

Prenant la décision de remonter le moral de Bill, Tom laissa son haut en l'état, sa tête à moitié passée dans l'encolure, et fit semblant d'être bloqué. “Bill ! Aide-moi ! Je suis coincé !” cria-t-il, déambulant dans la pièce, aveuglé, faisant exprès de se cogner dans un meuble. Les pitreries de Tom furent récompensées par un petit gloussement de Bill, ce qui bien sûr l'encouragea à continuer. “Bill ! Où es-tu ? Je suis perdu !” dit Tom tout en se cognant de manière répétée dans la porte du placard.

“Par ici !” appela Bill, gloussant follement tandis que Tom trébuchait sur des jouets et revenait vers le lit.

“Où ça ?” demanda Tom, agitant les mains devant lui tandis qu'il déambulait à l'aveuglette.

“Ici !” gloussa Bill. Les idioties de Tom lui remontaient toujours le moral.

Tom tangua vers le lit, faisant exprès de trébucher pour tomber directement sur son jumeau. Ils s'écroulèrent tous les deux sur le lit, gloussant. Bill décida de se rendre utile et tira sur le haut de son jumeau pour lui faire passer la tête.

“Je t'ai trouvé,” dit Tom avec un sourire idiot.

“Si tu es un si bon trouveur,” le félicita Bill, s'enroulant dans les bras de son frère avant de se blottir tout près. Il n'était pas encore l'heure d'aller se coucher, mais ils savaient qu'ils n'auraient pas le droit de quitter de nouveau de leur chambre ce soir-là. De toutes façons, aucun des deux n'avait vraiment envie d'en sortir.

Les jumeaux venaient tout juste de commencer à se détendre et d'oublier ce qui s'était passé en bas quand ils entendirent de nouveau leurs parents crier. Une porte claqua, mais les hurlements continuèrent. Bill se tendit et cacha son visage dans l'épaule de Tom.

“Tomi, reste avec moi ?” supplia Bill d'une toute petite voix terrifiée. Les garçons ne partageaient pas souvent le même lit. Bill avait tendance à beaucoup se retourner et Tom ronflait, ce qui faisait qu'en temps normal ils étaient mieux dans leurs propres lits.

Tom tira les couvertures par-dessus leurs têtes exactement de la même façon qu'il l'avait fait la dernière fois qu'ils avaient ressenti le besoin de se cacher du reste du monde. Les jumeaux s'enveloppèrent dans les couvertures. Il faisait si noir qu'ils n'arrivaient même pas à se voir l'un l'autre bien qu'ils fussent si proches, mais ils n'en avaient pas vraiment besoin. Les jumeaux pouvaient ressentir la présence de l'autre, et ça suffisait.

“J'aime pas quand ils se battent,” chuchota Bill.

“Ecoute pas,” murmura Tom en retour, serrant Bill en peu plus fort et glissant ses mains sur les oreilles de son petit frère pour qu'il ne puisse plus entendre.

“Je veux pas que Papa me déteste,” geignit le plus jeune des jumeaux.

“C'est pas important,” répondit Tom, ôtant ses mains des oreilles de Bill juste assez longtemps pour que celui-ci puisse l'entendre.

“Pourquoi ?” demanda Bill.

“ Pasque c'est pas important ce que les autres pensent. Papa est juste comme Mademoiselle Hahn et les enfants de l'ancienne école.” Tom retira ses mains des oreilles de son petit frère et les enroula autour de lui à la place. Les cris s'étaient enfin arrêtés et la maison était silencieuse.

“Et Maman alors ?” chuchota Bill d'un ton inquiet. Il était très attaché à sa mère. Pas tout à fait autant qu'il était attaché à Tom, mais il ne voulait pas se détacher d'elle tout comme ils avaient à le faire de tous les autres.

“Maman c'est bon. Elle est pas comme eux. Maman comprend,” lui assura Tom. Lui non plus ne voulait pas se détacher d'elle, mais il savait que si jamais elle faisait du mal à Bill comme leur papa venait de le faire, alors il romprait toute connexion avec elle sans hésitation. Bien qu'il n'ait que six ans, Tom comprenait que rien ne serait jamais plus fort ou plus important que le lien qu'il partageait avec son frère. Il ne pouvait même pas ne serait-ce qu'imaginer que quelque chose vienne se mettre entre eux.

Plusieurs minutes s'écoulèrent dans le silence. La maison était calme et les jumeaux ne pouvaient rien entendre d'autre que le son de la respiration de l'autre. Il faisait inconfortablement chaud, avec les couvertures qui les enveloppaient, mais les jumeaux ne se sépareraient pas ni ne briseraient leur barrière qui les coupait du monde pour laisser rentrer un peu d'air frais.

“Tomi ?” chuchota Bill, sa petite voix finissant par briser le silence.

“Hmm ?” marmonna Tom, endormi. La chaleur qui régnait sous les couvertures le rendait groggy, mais il ne se laisserait pas sombrer dans le sommeil tant qu'il ne serait pas sûr que Bill allait bien.

Bill se tortilla anxieusement, cherchant le courage de poser sa question. Il ne savait pas pourquoi il se sentait bizarre à propos de ça. Ils s'embrassaient tout le temps pour se dire bonne nuit, mais là c'était différent. Il voulait ce qu'ils avaient fait la nuit qui avait suivi la bagarre à l'école. “Tu me fais un bisou magique pour que tout aille mieux ?” demanda-t-il avec hésitation.

“Tu as mal quelque part ?” demanda Tom, la voix pleine d'inquiétude. Il ne se souvenait pas d'avoir vu que Bill était blessé. Normalement il le savait tout de suite lorsque Bill était blessé.

“Non... juste... umm... ça m'avait rendu pas triste quand tu l'as fait l'autre fois,” essaya d'expliquer Bill du mieux qu'il pouvait. Il n'avait pas le vocabulaire nécessaire pour expliquer que la douleur qu'il ressentait n'était pas physique, et que c'était cette douleur que l'affection de Tom faisait disparaître.

Tom n'avait besoin de rien de plus pour comprendre. Même sans mots pour le décrire, il savait ce que c'était parce qu'il ressentait la même chose. Quand ils s'étaient embrassés après la bagarre, c'était lui qui embrassait les blessures de Bill, mais ça l'avait fait se sentir mieux, lui aussi. Tom s'était déjà rendu compte que ce qui comptait ce n'était pas là où vous embrassiez, et que c'était juste la douce et chaude sensation provoquée par les baisers qui faisait que tout allait bien.

“Moi aussi ça m'a rendu pas triste,” chuchota Tom, se penchant plus près pour faire partir la tristesse de Bill à coups de baisers. Leurs bisous étaient toujours innocents, du moins en ce qui concernait leurs intentions. Les jumeaux voulaient juste se sentir mieux et ils ne comprenaient rien d'autre au-delà de ça.

Quand la dispute se fut terminée et que Simone se fut calmée et ait essuyé ses larmes, elle monta jeter un ½il à ses garçons, avec l'intention de les réconforter et de leur dire que tout allait bien. Alors qu'elle approchait de la porte elle réalisa que les lumières étaient éteintes et qu'aucun son ne parvenait de la chambre. Son c½ur se serra douloureusement ; elle craignait que les garçons ne soient si effrayés par leur père qu'ils aient vraiment cru qu'ils ne devaient faire aucun bruit. Elle essuya quelques larmes égarées et ouvrit la porte, s'attendant à les trouver chacun caché dans son lit, figés et trop apeurés pour ne serait-ce que chuchoter.

Au lieu de ça elle trouva les jumeaux ensevelis sous les couvertures du lit de Bill, manifestement enroulés dans les bras l'un de l'autre. Ils n'avaient pas encore remarqué sa présence, et elle resta silencieuse pour essayer d'entendre leurs voix. Ce qu'elle entendit lui fit verser de nouvelles larmes ; des larmes de tristesse dûes à la certitude que ses bébés n'avaient pas besoin de son réconfort, et des larmes de soulagement dûes à la certitude qu'ils s'avaient l'un l'autre. Elle les entendit échanger des murmures portant leurs déclarations d'amour l'un pour l'autre, et Tom jouer le rôle du grand frère protecteur alors qu'il promettait de toujours prendre soin de Bill et de le rendre heureux.

Ce que Simone ne vit ni n'entendit, furent les baisers légèrement plus que fraternels que les jumeaux échangèrent sous les couvertures.

# Posté le dimanche 10 mai 2009 17:49

Analyzed. Chapitre 4

Analyzed. Chapitre 4
Chapitre 4. Pouvoir coercitif


Pouvoir dérivé provenant de la capacité de punir


(Age : sept ans)

Des lignes orange dessinées avec précision recouvraient la page blanche, s'agençant peu à peu de manière à former une image reconnaissable. La concentration qui se reflétait sur le visage du petit garçon de sept ans était la preuve d'un soucis du détail qui allait bien au-delà de ce à quoi on aurait pu s'attendre, particulièrement si l'on connaissait le petit garçon et sa personnalité. Le crayon orange fut replacé avec soin dans sa boîte, et ce fut un crayon noir qui fut sélectionné à la place. Des lignes et des points noirs rejoignirent le orange, et l'image devint claire.

“C'est un très beau dessin, Bill. Tu peux m'en dire un peu plus à son sujet ?” demanda le docteur Engle avec hésitation. C'était la seconde fois qu'il parlait aux jumeaux en séance individuelle, et la première s'était révélée assez stérile. Aucun des deux jumeaux n'avait montré le désir de lui adresser le moindre mot et ils avaient passé l'intégralité de la séance à colorier et à lui jeter de temps à autre un regard renfrogné.

“C'est un papillon,” répondit Bill sans pour autant lever les yeux de son dessin. Même si cette pièce était désormais très familière, le fait d'y être sans Tom le rendait très nerveux. Mais s'il se contentait de garder les yeux vissés au papier alors il ne se sentait pas si mal. Bill n'était pas revenu dans cette pièce depuis que Tom avait commencé à parler à l'école et que leur père avait décidé que de les envoyer en thérapie revenait à jeter l'argent par les fenêtres. Bill était assez intelligent pour avoir deviné pourquoi ils étaient de retour ici ce jour-là, mais il ne comprenait pas pourquoi il devait être séparé de Tom. Il avait fallu les efforts conjugués du docteur Engle et de leur mère pour réussir à les décoller et à les séparer pour la séance.

“C'est ce que je vois. C'est un très joli papillon. Quand il sera fini, tu me dessinerais quelque chose ?” demanda le docteur. Bill avait eu du temps pour se calmer et avait dessiné en silence pendant quelques minutes tandis que le docteur Engle se contentait de le regarder à distance. On pouvait apprendre beaucoup rien que par la simple observation, mais il était désormais temps d'entamer la conversation.

Il y avait un but spécifique rattaché aux sessions du jour, mais le docteur Engle était curieux de voir si le nouveau phénomène gémellaire qu'il avait pu observer allait continuer. Tandis que la plupart des jumeaux semblaient prendre de la distance en grandissant, le lien qui unissait les jumeaux Kaulitz semblait de plus en plus solide. Ils commençaient à s'individualiser dans des domaines spécifiques, tels que l'habillement et la longueur des cheveux, mais le lien entre eux était indéniable et troublant.

Le phénomène le plus récent était la tendance des jumeaux à produire des dessins très similaires, et ce même quand ils étaient séparés. Tom, dont la séance avait déjà eu lieu ce jour-là, avait dessiné une page remplie d'insectes à pois verts et noirs. Le dessin était assez différent de celui de Bill, mais en même temps il était très similaire. Durant la séance d'avant, les deux garçons avaient dessiné le ciel. Bill avait fait un ciel d'un bleu éclatant où brillait un gros soleil orange, alors que Tom avait dessiné un ciel étoilé où était accrochée une pleine Lune jaune. Quand le docteur Engle avait mentionné cela à ses collègues, ils avaient suggéré que les jumeaux se parlaient de ce qu'ils allaient dessiner à l'avance, ou alors qu'ils avaient juste le même type de pensées du fait de leurs expériences partagées. Le docteur Engle soupçonnait qu'il y avait un peu plus que ça.

“Tu voudrais quoi ?” demanda Bill, ne levant toujours pas les yeux de sa feuille. A l'école les professeurs leur disaient toujours quoi dessiner et c'était quelque chose qu'il détestait. Bill avait ses propres idées et il n'aimait pas que les autres empiètent dessus.

“Est-ce que tu pourrais me faire un dessin de ta famille ?” sollicita le docteur Engle. Les dessins de la famille étaient toujours très révélateurs, et c'était la base en pédopsychiatrie. La famille d'un enfant c'était tout son monde, et on pouvait apprendre beaucoup en demandant à un enfant de dessiner son monde.

Bill hocha la tête pour montrer son accord. Dessiner sa famille n'était pas une mauvaise idée, mais d'abord il allait finir son papillon. Même à sept ans, Bill refusait d'être soumis à une pression extérieure. Quelques points noirs supplémentaires vinrent orner les ailes du papillon et le dessin fut enfin complet.

Une nouvelle feuille de papier devant lui, Bill commença à dessiner. Comme beaucoup d'enfants le faisaient, Bill commença par une maison. La maison était l'incarnation physique de la famille, et par conséquent elle apparaissait souvent en premier sur le dessin d'un enfant. Son crayon orange préféré de nouveau en main, Bill commença à tracer la silhouette d'une personne.

“Qui est-ce ?” demanda le médecin. D'habitude il restait silencieux pendant que ses patients dessinaient, mais la curiosité le dévorait. Il fallait qu'il sache à quel point Bill était analogue à son frère.

“Tom,” répondit Bill tout en dessinant son frère avec grand soin. Il ne remarqua pas le sourire sur le visage du médecin. C'était exactement ce que le docteur avait soupçonné. Dans pratiquement tous les cas, les enfants dessinaient d'abord leurs parents, ou bien eux-mêmes. La fratrie apparaissait en dernier sur leurs dessins, venant parfois même après les animaux domestiques. Cependant, Bill et Tom avaient tous deux commencé par dessiner leur jumeau.

Bill commençait à apprécier toute l'attention qui était portée à son dessin. Que quelqu'un le regarde pendant qu'il était en train de dessiner était un peu étrange, mais il aimait le fort intérêt dont le docteur Engle faisait preuve, et surtout cette façon qu'il avait de ne jamais l'insulter en lui demandant “c'est quoi ça ?”, comme s'il ne dessinait pas assez bien pour que ça soit reconnaissable. Puisque le gentil médecin montrait tant d'intérêt pour son dessin, Bill décida de le lui raconter pendant qu'il dessinait.

“Là c'est moi,” expliqua Bill après avoir ajouté une seconde silhouette tout à côté de la première. Il était évident qu'elles se tenaient la main et étaient habillées pareil. Etrangement, Bill ne dessina ni sourire ni larme sur leurs visages. “Ca c'est Maman,” dit Bill tout en dessinant une autre silhouette, plus grande, mais il y avait bien plus de distance entre elle et Bill qu'il n'y en avait entre Bill et Tom. Cette fois encore, le visage ne portait pas d'expression. “Ca c'est le lapin que j'avais, mais il s'est enfui,” expliqua de nouveau Bill, n'ayant pas l'air particulièrement déprimé par la perte évoquée tandis qu'il dessinait une grosse goutte marron sur la feuille.

Bill passa les quelques minutes suivantes à ajouter des détails à leurs vêtements et au décor, mais aucun personnage de plus ne fut rajouté sur la feuille. Il n'était pas nécessaire au docteur Engle de demander pourquoi. Le divorce faisait partie des raisons qui expliquaient que les garçons viennent le voir, et il s'était attendu à ce que leur père ne fasse pas partie du portrait familial. Poser la question à Bill n'était qu'une façon de l'amener à parler de ce que les deux jumeaux refusaient d'évoquer. “Pourquoi ton père n'est pas sur le dessin, Bill ?” demanda gentiment le docteur, tandis que Bill ajoutait un soleil orange qui brillait sur la feuille.

“Pasqu'il est parti,” répondit simplement Bill. Le docteur Engle observa le garçon se tendre visiblement et le vit ne plus piper mot. Il n'était pas encore prêt à parler de ça, mais au moins avait-il dit quelque chose. Tom lui avait froissé son dessin et avait refusé d'ouvrir de nouveau la bouche après qu'il lui ait posé cette question.

“J'ai un petit problème de vue, Bill. Je n'arrive pas bien à voir s'ils sourient ou s'ils pleurent sur le dessin. Tu peux m'en dire plus ?” demanda le docteur Engle, alors qu'il pouvait parfaitement voir que Bill avait dessiné des traits droits pour représenter les bouches.

“Ils font ni l'un ni l'autre,” répondit Bill.

“Pourquoi ça, Bill ?” dit le docteur Engle, poussé par la curiosité.

“Pasque des fois on est heureux, et des fois on est tristes,” dit Bill comme si le médecin aurait déjà dû le savoir. Parfois les adultes étaient vraiment très bêtes, à ne pas voir l'évidence. Pourquoi devrait-il se restreindre à une seule émotion sur ses dessins alors qu'une seule émotion n'était pas suffisante pour rendre la manière dont les choses étaient allées ces derniers temps ?

“Ca a beaucoup de sens ce que tu dis, Bill. Tu es très intelligent. Les gens ressentent beaucoup de choses différentes, et c'est normal de ne pas être heureux tout le temps,” répondit le docteur, impressionné par la profondeur des pensées de ce petit garçon de sept ans. Ses mots étaient simples, mais il arrivait à communiquer beaucoup de choses par un simple dessin.

Le docteur Engle aurait aimé que Tom soit aussi disposé à communiquer que Bill. Bien que Tom ait surmonté le mutisme sélectif dont il faisait preuve à la maternelle, il restait encore beaucoup moins communicatif que son frère. Ce qui inquiétait le plus le docteur Engle était la montée de la colère éprouvée par Tom et son mépris pour tous sauf Bill. Il avait l'air tellement en colère à cause du divorce, mais Tom ne voulait pas parler de ses sentiments au docteur Engle.

Ce que le docteur Engle n'avait pas compris, c'était que Tom n'était pas en colère parce que son père était parti. Il était en colère qu'il ne soit pas parti plus tôt. Tom était en colère contre lui-même, pour ne pas avoir tenu sa promesse.

**

Trois mois plus tôt

“Je suis rentré,” appela Jörg, attendant une réponse chaleureuse de la part de sa famille. Il savait qu'il n'en aurait pas. Il n'en avait jamais, mais parfois il aimait se laisser aller à se bercer d'illusions. Simone était toujours occupée avec ses ½uvres, et tout le reste de son temps et de son affection semblait être destiné aux jumeaux. Jörg s'estimait pourtant irréprochable. Il refusait de voir qu'il avait repoussé sa famille et continuait à l'éloigner à chaque fois qu'il réagissait avec colère.

“J'ai dit : je suis rentré,” répéta Jörg en entrant dans le salon où les jumeaux étaient blottis sur le canapé. Ils avaient sept ans maintenant, et continuaient à se coller l'un à l'autre plus que jamais. Ils regardaient des dessins animés et Bill était pratiquement sur les genoux de Tom, sa tête reposant sur l'épaule de son frère.

“Bonsoir,” marmonnèrent les jumeaux à l'unisson, leurs yeux ne se détachant pas de la télévision. Jörg s'estimait heureux d'avoir déjà réussi à leur extorquer ça. Depuis l'incident avec le microphone Jörg ne s'était adressé aux jumeaux qu'avec froideur et mépris. Ses mots sévères lui avaient valu une place sur la liste de bannissement des jumeaux.

Cette liste était celle des gens qui avaient été exclus de l'univers de jumeaux pour une raison ou pour une autre. Une fois que la personne avait été éjectée, elle n'avait purement et simplement plus aucune importance pour eux. C'était presque comme si elle n'existait plus. A la maternelle les jumeaux appelaient ces personnes des têtes de cul, maintenant ils disaient simplement qu'elles n'avaient pas d'importance. Tom avait déclaré que leur papa n'avait pas d'importance la première fois où il avait fait du mal à Bill, et les jumeaux l'avaient rayé de leur monde depuis. Bill ne faisait jamais autant preuve d'assurance que Tom quant aux personnes à évincer, mais si Tom disait qu'elles n'avaient pas d'importance, alors elles n'avaient pas d'importance.

Jörg jeta un regard noir aux jumeaux et enfonça brutalement l'interrupteur de la télévision pour éteindre le satané appareil. “C'est tout ce que vous allez me dire ? J'ai passé toute la sainte journée à me tuer au travail pour que vous autres les mioches ayez une télévision à regarder et des jouets avec lesquels jouer, et vous ne me parlez même pas. Je suis votre père nom de Dieu !” tempêta Jörg. Le stress avait fait de lui un homme irrationnel, et même si sa raison lui disait que de crier sur les garçons n'arrangerait en rien les choses, les mots durs s'écoulaient de sa bouche avant qu'il ne puisse les arrêter.

Bill se tourna vers Tom, cachant son visage pour ne plus voir son père. Rien n'était plus effrayant pour Bill que lorsque son père haussait la voix. Bien que Jörg n'ait jamais frappé l'un d'entre eux, Bill avait vu bon nombre de ses jouets être mis en pièce par son père en colère, et il avait la sensation que s'il avait un jour le malheur d'énerver suffisamment son père, lui aussi serait mis en morceaux tout aussi facilement.

Les hurlements de Jörg n'effrayaient pas Tom ; ils le rendaient furieux. La prise de Tom sur Bill se resserra tandis qu'il jetait un regard mauvais à son père, ses yeux contenant plus de colère que ce qu'il conviendrait pour un petit garçon. La façon dont Tom tenait son frère était étrangement possessive, et le message implicite que cela envoyait n'échappa pas à Jörg. Il y avait quelque chose qui n'allait pas avec ses gamins, et il le savait. Même s'ils n'avaient que sept ans, il y avait quelque chose dans la façon dont les jumeaux se touchaient l'un l'autre qui agaçait suprêmement Jörg. A son avis, ils n'avaient pas besoin de thérapie. Ils avaient besoin d'être séparés et avaient besoin de limites. Leur mère les dorlotait trop, et il voulait y mettre fin.

“Répondez-moi !” aboya Jörg. Il s'avança vers les jumeaux, ce qui fit tressaillir Bill et qui fit que Tom le tint plus serré. Ils ressentaient ses intentions. Jörg les regardait de la même façon que le faisait Mademoiselle Hahn, et les jumeaux savaient qu'il voulait les séparer.

“Jörg ? Tu peux venir me donner un coup de main ?” appela Simone depuis l'autre côté de la maison. Elle n'avait pas entendu son mari crier de nouveau sur les jumeaux mais elle avait vu sa voiture garée dans l'allée et en avait déduit qu'il devait être rentré. Bien qu'elle n'ait pas réalisé qu'ils étaient déjà en plein milieu d'un conflit, elle avait appris qu'il valait mieux faire en sorte que ses garçons et son mari restent aussi loin que possible. Simone essayait de combler le fossé qui les séparait, mais il semblait que c'était en fait un gouffre et que ses fils étaient aussi têtus que leur père.

Jörg jeta un regard mauvais aux garçons avant de quitter la pièce pour aller aider sa femme. Le regard qu'il leur lança disait très clairement qu'il n'en avait pas fini avec eux. Il était déterminé à ce que Bill et Tom lui montrent le respect qu'il méritait, et à mettre fin à cette dépendance malsaine qu'ils avaient l'un pour l'autre. Ce n'était pas normal pour des garçons au CP de se comporter comme ça.

~**~

Les jumeaux réussirent à rester hors de portée de Jörg durant le reste de la soirée. Ils s'amusèrent à construire un château avec des draps, les tendant entre les poteaux de leurs têtes de lit pour créer une tente entre l'espace qui les séparait. La mise en pratique du projet leur avait pris des heures, mais ils étaient plus que satisfaits de la petite cachette qu'ils avaient créée lorsque ce fut enfin terminé. Ils avaient été loin d'être ravis quand Simone les avait appelés en bas pour le dîner. Le dîner était synonyme de se retrouver de nouveau face à Jörg.

“Maman, s'il te plaît on peut manger dans notre château ?” supplia Bill, levant vers sa mère les grands yeux couleur de miel auxquels elle n'arrivait juste pas à dire non.

“Et bien... Pourquoi p-” commença Simone avant d'être soudainement interrompue par son mari.

“Vous mangerez à table. Je ne tolérerai pas que vous preniez la nourriture préparée par votre mère et que vous vous enfuyez comme deux petits ingrats pourris gâtés,” dit Jörg d'un air menaçant.

“Va t'asseoir mon chéri. Vous pourrez jouer dans votre château après le dîner,” murmura Simone avec un sourire d'excuse. L'expression de désespoir qui se lisait sur le visage de Bill lui fendait le c½ur, et elle décida d'avoir une discussion sérieuse avec Jörg après le dîner. Si seulement elle arrivait à le convaincre de venir en thérapie familiale avec eux chez le docteur Engle...

La famille Kaulitz dîna dans un silence relatif. Les jumeaux étaient assis côte à côte, se tenant la main tout en mangeant. Cela impliquait que Tom doive manger de la main gauche malgré le fait qu'il soit droitier, mais ça faisait longtemps qu'il s'était débrouillé pour réussir à bien s'y prendre. Tom était presque ambidextre rien que du fait qu'il ait besoin de tenir la main de Bill si souvent.

Les jumeaux mangèrent aussi vite qu'ils le purent, et quand leurs assiettes furent vides Simone leur dit qu'ils pouvaient aller jouer dans leur château fort jusqu'à l'heure du bain. La règle était que tous les forts devaient être démontés pour l'heure du coucher, mais les jumeaux étaient déjà en train d'ourdir machinations et autres feintes en vue de contourner cette règle.

“Peut-être qu'on pourrait lui dire que ça nous protégera des monstres,” suggéra Bill tandis qu'ils se précipitaient dans les escaliers.

“Elle dira que ça existe pas. Maman ne croit pas aux monstres,” souligna Tom, fermant la porte derrière eux puis se tortillant à quatre pattes jusqu'à l'étroite entrée de leur château.

“Et toi ?” demanda Bill. Il attendit que Tom trouve la lampe torche et illumine le fort avant de ramper à sa suite. Avant toute chose, Tom devait vérifier que l'endroit était sûr.

“Moi si, c'est pour ça qu'on a construit le fort d'ailleurs, tu te rappelles ?” demanda Tom. Il y avait juste assez de place, entre les oreillers et les jouets, pour que les deux garçons puissent s'allonger côte à côte, et ils étaient d'ailleurs déjà en train de s'installer dans leur position habituelle, Bill enroulé autour de Tom.

“Je croyais que c'était pasque comme ça on pourrait faire des jeux secrets,” chuchota innocemment Bill. Après l'entrée au CP les jumeaux avaient été choqués de réaliser que non seulement les autres enfants considéraient que s'embrasser était “dégueu”, mais qu'aussi la plupart des adultes disaient que c'était “inapproprié”. Après que leur mère ait reçu une première notification en provenance de l'école, les jumeaux avaient appris que certains de leurs jeux feraient mieux de rester secrets.

“Oui, ça aussi.” sourit Tom. La protection contre les monstres était l'excuse officielle pour pouvoir bâtir un fort, mais la vraie raison était que ça leur permettait d'avoir un endroit où se cacher pendant qu'ils jouaient à leurs jeux.

“Est-ce que tu veux jouer maintenant ?” suggéra Bill, se tortillant un peu plus près de Tom.

“Tu dois pas faire de bruit,” avertit Tom. La tendance de Bill à être trop bruyant avait déjà failli leur attirer des ennuis de nombreuses, très nombreuses fois. Quand ils se battaient et jouaient un peu rudement, Tom se faisait gronder à cause des jappements et des cris de Bill. Quand ils jouaient à leurs jeux secrets dans le noir, c'était des bruits différents que Tom essayait de faire taire ; des bruits dont il ne connaissait même pas le nom.

“Je ferai pas de bruit,” promit Bill. En fait il voulait dire qu'il essaierait de ne pas faire de bruit. Parfois c'était dur de ne pas faire de bruit quand Tom l'embrassait juste comme il faut.

La lampe torche fut éteinte et l'intérieur de la tente fut plongée dans l'obscurité. Bill se retrouva soudainement sous Tom, ce qui était généralement la façon dont leurs jeux commençaient. Les jumeaux étaient encore bien trop jeunes pour savoir ce qu'ils faisaient. Ils ne comprenaient rien d'autre que le fait que c'était bon d'être comme ça et de s'embrasser.

Bien qu'ils ne soient pas allés beaucoup plus loin que de juste s'embrasser et de se frotter l'un contre l'autre en ayant toujours leurs vêtements, les jumeaux étaient pour ainsi dire devenus des maîtres dans ce qu'ils pratiquaient. Donc maintenant ils tentaient des expériences, notamment sur les rôles. Ils bataillaient sous leur château de couverture, engageant une compétition joueuse en vue de prendre le contrôle. Parfois c'était Tom qui était au-dessus, et parfois c'était Bill. Ils changeaient souvent de position, mais tous deux avaient le rouge aux joues et étaient hors d'haleine.

Les jumeaux étaient totalement absorbés dans leur univers et n'eurent pas conscience de la dispute qui avait eu lieu en bas. Ils n'entendirent pas claquer la porte qui indiquait que leur mère se retirait dans son studio pour réfléchir. Ils n'entendirent pas les pas de leur père résonner alors qu'il montait les escaliers, arrivant pour passer à l'acte. Ils n'entendirent pas le clic de leur porte lorsque celle-ci fut ouverte, ni les pas qui s'approchaient du fort qui avait été construit pour les protéger du monde extérieur.

Jörg resta debout devant le château, écoutant les drôles de bruits qui s'en échappaient. Il n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce qu'il était en train d'entendre. On aurait dit... Non, ses garçons n'avaient que sept ans. Il imaginait des choses. Il était absolument certain qu'il s'imaginait simplement des choses, du moins jusqu'à ce qu'il entende les mots “Oh Tomi” être doucement gémis par son plus jeune fils.

Les couvertures furent soudainement arrachées, révélant les garçons, rouges et transpirants, les membres emmêlés et les lèvres connectés. Ils se frottaient l'un contre l'autre et Jörg ne pouvait tout simplement pas en croire ses yeux. C'était anormal. C'était malsain. C'était exactement ce qu'il avait craint quand il avait vu la façon dont les garçons se touchaient.

Les couvertures arrachées et leur forteresse détruite, les jumeaux finirent enfin par prendre conscience de la présence de Jörg. Ils se tendirent, les yeux emplis de peur, mais n'esquissèrent aucun geste pour se séparer. En fait, ils s'accrochèrent plus fort l'un à l'autre.

L'indignation et le dégoût submergèrent Jörg, obscurcissant son jugement. Il n'arrivait même pas à dire quel jumeau était Bill et quel jumeau était Tom, alors qu'il n'avait normalement aucune difficulté à les différencier. Il se saisit du jumeau qui était au-dessus, le tirant d'un coup sec et brutal par le bras. Ce ne fut qu'alors qu'il réalisa qu'il devait avoir saisi Bill, parce que c'était l'autre qui lui jetait un regard furieusement noir, et que celui qu'il tenait pleurait déjà.

Jörg n'était pas surpris que ce soit Bill au dessus, que ce soit lui qui soit l'instigateur de tout ça. Jörg avait toujours pensé que Bill était un enfant source de problèmes. Bill était trop bruyant, trop énergique, trop féminin, trop collant, trop faible, trop émotif. Bill était tout ce que Jörg détestait chez quelqu'un. Au moins Tom était-il plus calme et plus fort. Jörg imaginait bien Tom grandir pour devenir un homme comme lui, mais quand il essayait de s'imaginer ce que Bill deviendrait ça lui donnait envie de vomir.

“Mais qu'est-ce que tu crois être en train de faire, espèce de monstrueux petit malade mental ?” gronda Jörg, secouant Bill par le bras et le lui tordant durement. Bill hurla de douleur, balbutiant des excuses bien qu'il ne comprenne pas ce qu'il avait fait de mal. Jörg relâcha le bras de Bill, se saisissant à la place d'une poignée de cheveux blonds foncés. Il tira d'un coup sec pour forcer le visage de Bill à lui faire face, obligeant son fils à le regarder. “Mais bordel qu'est-ce que tu crois que tu es en train de faire à ton frère ? C'est déjà assez moche comme ça d'avoir un fils pédé. Je ne permettrai pas que tu corrompes ton frère !” rugit Jörg.

Bill ne comprenait pas. Il ne savait pas qu'il faisait quelque chose de mal. Tom insistait beaucoup quant au fait que leurs jeux devaient rester secrets, mais Bill n'avait jamais vraiment compris pourquoi. Tom avait juste dit que les autres ne pouvaient pas comprendre, et ça avait été une explication suffisante pour Bill. Bill ne comprenait pas ce que pédé voulait dire, ni pourquoi son père l'accusait de faire quelque chose à Tom. Il ne faisait rien à Tom, il faisait des choses avec Tom.

“Je... Je... Je le faisais pas. Je voulais pas... On faisait que s'embrasser,” bégaya Bill, ne réalisant pas que sa réponse sonnait plus comme une confession que comme une explication. Tom eut un mouvement de recul, sachant pertinemment que ce n'était pas la réponse que leur père attendait. Il voyait le feu dément qui brûlait dans les yeux de Jörg.

Tom finit par se relever et courut à Bill. “Lâche-le !” cria-t-il, saisissant le bras de son père et essayant de lui faire lâcher prise. “Il a rien fait de mal !” insista Tom. Jörg ignora les protestations de Tom, resserrant sa prise sur Bill en essayant de décider quoi faire. Il fallait qu'il mette un terme à tout ça. Il fallait qu'il les sépare. Peut-être qu'il pourrait envoyer Bill quelque part ailleurs...

Les pensées de Jörg se trouvèrent interrompues quand le pied de Tom entra en collision avec son tibia. Jörg relâcha sa prise sur Bill, balançant par réflexe un revers au travers de la joue du jumeau le plus âgé. Tom tituba en arrière, et Bill commença à sangloter hystériquement. La situation lui échappait et Jörg était paniqué. Les hurlements de Bill n'arrangeaient pas les choses, et sans réfléchir Jörg frappa Bill pour essayer de le faire taire. Ce n'était pas son intention, mais à cause de toute la colère et de tout le ressentiment qu'il avait envers le plus jeune des jumeaux, il le gifla deux fois plus fort qu'il n'avait giflé Tom.

Le pus jeune des jumeaux n'eut même pas la possibilité de crier avant de tomber, assommé, sa tête cognant durement le sol avec un bruit sourd éc½urant. Maintenant c'était Tom qui hurlait de toute la force de ses poumons ; il hurlait contre son père qui avait blessé Bill et il hurlait à Bill de se réveiller. Tom se jeta au sol à côté de Bill, le secouant avec frénésie et désespoir pour essayer de le ranimer.

Les cris avaient fini par arriver aux oreilles de Simone qui était toujours de l'autre côté de la maison, et son c½ur s'arrêta quand elle entendit un hurlement de pure angoisse poussé par l'un de ses bébés. Simone était sûre de n'avoir jamais couru aussi vite de toute sa vie alors qu'elle se précipitait dans les escaliers, et quand elle tomba sur la scène qui se déroulait dans la chambre son c½ur s'arrêta une seconde fois.

“Il a frappé Bill !” hurla Tom avant qu'elle ne lui demande quoi que ce soit. Le plus âgé des jumeaux était assis, la tête de Bill sur ses genoux, et il était évident que celui-ci était inconscient.

“C'était un accident. Il va bien. Il fait juste semblant. Il nous fait son cinéma. Tu sais bien comment il est. Il veut juste ne pas avoir de problème à cause de ce qu'il a fait. Je l'ai surpris sur Tom en train de lui faire des choses. Ce garçon est tordu. Il y a quelque chose qui ne va pas avec lui,” dit Jörg aussi vite qu'il le pouvait, comme si les mots pouvaient justifier ses actes

“Sors d'ici,” dit Simone, la rage pointant sous les mots prononcés doucement.

“Il y a quelque chose qui ne va pas avec eux. Ils sont pas biens. Tu vois pas comment ils se touchent l'un l'autre ?” demanda Jörg, apparemment indifférent au fait que son fils repose inanimé sur le sol.

“Dégage !” hurla Simone. Elle avait essayé si fort de faire face à tout ça, de maintenir la famille unie, de convaincre son mari d'accepter les garçons, mais elle ne pouvait tout simplement plus. Jamais elle ne pardonnerait Jörg pour ça. Non seulement Simone ne pensait pas qu'il y avait une seule raison valable de frapper un enfant, mais elle refusait aussi, purement et simplement, de croire que ses garçons puissent faire quelque chose comme ça. Ses garçons étaient innocents, purs, de gentils petits garçons. Leur amour l'un pour l'autre était quelque chose de magnifique, pas quelque chose de malsain comme Jörg essayait de le dénaturer. Elle voyait les jumeaux au travers du filtre de l'amour maternel, et jamais elle ne voyait plus que de l'amour fraternel dans la façon dont les jumeaux se touchaient.

En fait, une autre année s'écoulerait avant que Simone ne voit ce que Jörg avait vu.

# Posté le mercredi 13 mai 2009 17:28